contes pour enfant

Un tout petit jardin

Au coeur d’une grande cité aux maisons grises, hautes et serrées, se nichait un jardin abandonné. Il semblait tout échevelé d’herbes et de fleurs parfumées.
Les chenilles s’y faufilaient, les papillons y dansaient, les escargots venaient y flâner, les abeilles y faire leur marché, les coccinelles s’y cacher, les libellules y boire à petites gorgées aux fraîches gouttes de rosées et les oiseaux y papoter …
Dans ce minuscule jardin ignoré des autres gens de la cité, Pim et Pomme venaient s’amuser. Ils jouaient parfois au ballon en fredonnant des chansons …. Ils tissaient des colliers de fleurs, se racontaient les petits malheurs et les plaisirs de leur journée … Ce qu’ils aimaient par-dessus tout, c’était partager des secrets, en chuchotant, sans faire de bruit quand, doucement, le soleil fuit, derrière les feuilles, en fin d’après-midi …

Un jour, à l’ombre d’un saule pleureur, ils découvrirent une drôle de fleur. Elle avait une tige longue, une curieuse tête ronde, une collerette un peu fripée mais elle n’était parée d’aucun pétale de couleur ! On aurait dit qu’elle avait oublié de s’habiller et dormait d’un sommeil profond … Afin de la réveiller, Pim et Pomme se mirent à chanter :

Debout ! Debout ! Petite sotte !
Tu ronfles comme une marmotte …
Le printemps est arrivé !
Il faudra bien te lever
et danser pour le saluer !

Aussitôt, l’étrange fleur bondit et tout étonnée, elle dit :

– Poil de cactus et poil de géranium ! Où est donc passée ma couronne ?

Ses cheveux étaient dressés sur sa tête en une curieuse houppette, Pim et Pomme riaient aux éclats :

– Ta couronne ? Que racontes-tu là ?

La petite fleur se fâcha :

– Figurez-vous que je suis roi ! L’été dernier, j’étais vigoureux et fort avec ma crinière d’or … Les fleurs m’ont élu souverain de ce jardin. Elles m’ont même donné un nom : je suis le fameux  » Dent-de-Lion  » ! Mais l’hiver m’a déplumé… Il m’a tout ratatiné !

– Il n’est ni roi, ni rien du tout ! cria quelqu’un tout à coup. Son vrai nom c’est  » Pissenlit ! » Et si vous le cueillez, vous ferez pipi au lit …. Hi ! Hi ! Hi !

Pim et Pomme s’élancèrent, furieux, vers Thomas qui se moquaient d’eux. Ils voulurent le persuader que ce végétal bizarre, pas très joli mais très bavard, pouvait être extraordinaire … Mais Thomas se mit en colère !

– C’est un vulgaire pissenlit qui ne vaut même pas un radis !

Alors, les trois enfants commencèrent à se disputer, à s’envoyer des coups de pieds, à se tirer les oreilles et le nez …
Soudain le pauvre Thomas trébucha …. Il pleura de rage et cria :

-Dent-de-Lion est un porte-malheur ! D’ailleurs, votre jardin abandonné va très bientôt être rasé … Vous n’aurez plus d’endroit pour jouer seuls ni pour chuchoter des secrets ! Il ne vous restera que le trottoir pour raconter vos histoires …

Il essuya ses larmes avec son mouchoir, renoua ses baskets et partit le coeur gonflé de jalousie.
Pim et Pomme voulurent le rappeler afin de se réconcilier avec lui, mais le moteur d’une énorme tondeuse à gazon faisait déjà trembler les maisons. Les enfants retrouvèrent Dent- de- Lion dans une drôle de position : les feuilles pendantes et froissées, la tête toute ébouriffée …

– Vite ! cria le petit roi. N’hésitez pas à souffler sur moi ! Dispersez mes cheveux transparents … Mes graines s’envoleront au vent … Qui sait où elles repousseront ?

Le temps passa … Et chaque fois que la tondeuse vrombissait, le jardin rapetissait ! Il n’y eut bientôt à sa place qu’un grand espace vide et nu. Seul, un recoin tout riquiqui avait échappé comme par magie à cette espèce de folie coupeuse, grondeuse et ratisseuse…
Pim et Pomme entendirent raconter qu’on allait bientôt édifier des immeubles et des maisons entre lesquels ne pousseraient que de maigres touffes de gazon. Les deux enfants se désolaient. Il n’y avait plus que le trottoir pour se raconter des histoires et pour jouer au ballon.
Soudain, par une fente du pavé ils entendirent crier :

– Coucou ! C’est moi …. Dent-de-Lion, le petit roi ! Je pousse où l’on ne m’attend pas. Vite ! Vite ! Cachez-moi afin que l’on ne me découvre pas !

Pim et Pomme emportèrent la fleur, tendrement serrée contre leur coeur. Ils la déposèrent près des poubelles où, même quand la nuit est belle, il ne vient jamais personne …
Là, le petit souverain prit la situation en main. Il rassembla les dernières fleurs et leur dit :
– Chardons, pensées ou pissenlits, nous sommes tous dans le même pétrin : on nous a volé notre jardin ! Réveillez donc les papillons ! Et bousculez les escargots … Prévenez aussi les abeilles, les chenilles et les vermisseaux … Je veux qu’ils poussent ces bouts de fer, ces vieilles boîtes de conserve, ces détritus et ces boulons dans le moteur de latondeuse à gazon ! Qu’elle en étouffe ! Qu’elle craque ! Et qu’elle en soit toute patraque …

Au matin, Dent-de-Lion, courageux, s’en fut s’asseoir dans le jardin presque tout rasé où il ne restait plus que quelques herbes dressées dans l’air tout illuminé d’une fine brume rosée. Quand le jardinier appuya sur le bouton de l’énorme tondeuse à gazon, la machine toussa, s’étrangla, sursauta, rugit et cracha. Elle avança en vrombissant, hoquetant, grinçant et vibrant jusqu’au pied du pissenlit tout tremblant … Puis, brusquement, s’arrêta, souffla et se tut d’un seul coup.
Les fleurs s’écrièrent :

– Hourra ! Vive Dent-de-Lion, notre roi ! C’est vraiment lui le plus malin … Il a sauvé notre jardin !

Pim et Pomme accoururent, heureux … Même, Thomas s’était joint à eux ! Il ne pouvait en croire ses yeux et ne se sentait plus jaloux ! Ce bout de rien du tout serait le coeur de la cité. Ensemble, ils pourraient y jouer, s’y raconter des secrets, courir après les papillons ou même jouer au ballon.
Alors, les habitants du quartier se penchèrent à leur fenêtre. Ils songèrent que des enfants et des petites fleurs des champs, c’était plus joli que des immeubles et des murs gris. Ils décidèrent de protéger le minuscule jardin secret, d’y laisser pousser les chardons, les pensées et les dent-de-lion.

C’est ainsi que le pissenlit demeura parmi ses amis. Il y est encore aujourd’hui … Quand le vent d’hiver le déplume, parfois, il tremblote et s’enrhume. Mais à chaque printemps il repousse entre les herbes et les mousses. Chacun peut alors voir éclore sa radieuse couronne d’or.

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Du vent dans les moustaches

Par un beau matin, plein de soleil et de chants d’oiseaux, un grand tigre se réveille doucement. D’abord il redresse son museau pour profiter de l’air qui chatouille ses moustaches. Ensuite, il étire consciencieusement ses grandes pattes, l’une après l’autre et à chaque fois, il fait jouer ses griffes. Rentrées. Sorties. Rentrées. Sorties. Rentrées. Parfait, tout fonctionne. Enfin, il ouvre les yeux.

Le grand tigre est en pleine forme, il a envie de faire du sport. Il se dit que quand on a un corps de grand tigre comme le sien, il faut se défouler.
A peine sorti de son lit, il plonge dans la piscine. L’eau est fraîche, il en frissonne de plaisir. Le grand tigre est un bon nageur. Il fait d’abord une traversée en agitant ses pattes dans tous les sens, puis une traversée sur le dos, une troisième traversée sur le coté, une quatrième à reculons, une cinquième complètement sous l’eau, et une dernière rien qu’en remuant la queue comme une hélice. Malgré tout cet exercice, il ressort de l’eau en pleine forme.
Il décide alors de faire du trampoline. Il saute un peu. Shdong shdong. Puis de plus en plus hauuut, Shdong shdong. Très très hauuuuuuuuuuuuut. Shdong. Il a l’impression de s’envoler. Shdong. Quand il descend du trampoline, ses yeux continuent de bouger de haut en bas.
Toujours pas fatigué, il se met à courir, tout droit, devant lui, dans la savane. Il sent l’air glisser à travers ses moustaches. Il sent l’air glisser le long de son pelage. Quel plaisir ! Il accélère. Ses oreilles commencent à faire flap flap, et ses babines à faire ble ble. Il court de plus en plus vite, il va maintenant si vite qu’il ne voit plus rien autour de lui … ses oreilles FLAP FLAP … ses babines BLE BLE.

Et tout d’un coup … BOOOOIIIINGG !

Avant de s’évanouir, le grand tigre a juste le temps d’apercevoir qu’il est rentré dans un monumental éléphant. Il s’excuse puis, tout raide, tombe en arrière. Il paraît même qu’il a dormi pendant deux jours entiers.

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comptine fruit et légumes

Les oignons me font pleurer.
Les citrons me font grimacer.
Quant aux artichauts, ils piquent,
les manger, c’est pas pratique.
Les bananes, c’est trop mou,
les navets, ça n’a pas de goût.
les petits pois, c’est trop petits.
Les kiwis, c’est pas jolis.
Mais savez-vous ce que j’aime?
Les fraises avec de la crème.

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histoire du soir: Les Lapins de Pâques

  • Bien au chaud au fond de son terrier, Pinou lève une paupière et s’étire longuement.
    – Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.
    – Vous avez déjà oublié ? répond-elle. Nous avons des œufs à préparer ! Demain, c’est le dimanche de Pâques, et les enfants d’ici comptent sur nous ! En quelques secondes, Pinou et ses deux frères sont sur pattes. Trois boules de poils suivent leur maman et sortent sous le frais soleil d’avril, direction la fabrique de chocolat, en même temps que des dizaines d’autres lapins. Pinou est grognon.
  • – C’est la tradition, mon mignon.
    – N’empêche que, du coup, des œufs en chocolat, on n’en a pas ! marmonne Pinou.
    Bientôt, les lapins sont au travail dans une immense clairière où bouillonnent des chaudrons. Soudain, le ciel semble s’obscurcir. Tous lèvent la tête et voient une nuée de cloches ailées traverser le ciel et disparaître à l’horizon. Pinou reste un moment le museau au ciel, rêveur. Juste assez longtemps pour apercevoir une dernière cloche, toute petite, qui voyage à la traîne.
    – Vas-y, tu peux les rattraper ! l’encourage-t-il de plus belle.
  • Il lui semble que dans le ciel, la petite cloche a ralenti, comme si elle l’avait entendu, puis elle disparaît à son tour. Ensuite, toute la journée, Pinou verse du bon chocolat chaud dans des moules de tailles variées tandis que, plus loin, ses frères emballent les œufs.
  • Le soir venu, les lapins chargés d’œufs descendent vers les villages de la vallée. Pinou, fatigué, laisse les autres partir devant lui. Lorsqu’il soulève enfin sa brouette, les autres sont des taches minuscules sur la montagne. Il arrive bientôt dans le jardin qu’on lui a désigné. Il repère le nid qui l’attend, y dépose ses œufs, les contemple une minute, quand même tenté d’en goûter un, mais il résiste à la tentation.
  • Plus tard, avant de se glisser dans son terrier, il regarde une dernière fois le ciel, étoilé maintenant. Un petit point noir le traverse lentement, comme un oiseau. Le lendemain, au réveil, il passe un poil de museau dehors. Mais, foulant ensuite l’entrée du terrier, il se fige : qui a construit ce nid d’herbe tendre posé devant lui ?
  • Il s’approche. Au milieu, serrées l’une contre l’autre, il découvre trois carottes d’une couleur étrange. En se penchant, il comprend. Les carottes sont en chocolat… A côté du nid, abandonnée, repose une plume.Pinou lève les yeux au ciel.
    – Merci pour ce cadeau, petite cloche perdue ! lance-t-il au ciel bleu. Puis, en criant de joie, il court réveiller ses frères.
  • Par Stéphane Daniel.

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